ENTRE   GUILLEMETS

 

EXTRAITS

" De Hanoi à Versailles "
Gérard Klein


"...Le paquebot Le Pasteur avait été transformé en bateau pour transport de troupes pendant la guerre et avait perdu beaucoup de sa superbe. Mais je revois encore sa gigantesque cheminée, qui me faisait rêver. Les conditions de voyage ne furent pas très confortables. On voyageait dans les entreponts. Les hommes étaient logés dans les entreponts les plus bas. Ayant douze ans, j'en faisais partie et n'en étais pas peu fier. Je me souviens avec bonheur de nos nuits, confortablement installés dans des hamacs : j'avais l'impression d'être dans un cocon. Les hamacs épousant les mouvements du bateau nous ne sentions ni roulis ni tangage : un vrai luxe ! De toute la traversée je n'ai jamais eu le mal de mer bien que nous ayons voyagé en pleine mousson..."





" Lettres à mes petites-filles"
Andrée Euziere


"... Les jours passaient, je lisais ou tricotais, puis, tout à coup, j'eu des nausées et sus très vite la venue d'un bébé. Je puis le dire maintenant qu'il est devenu le plus chéri des fils, j'étais très mécontente. Roger partait dans trois mois, outre-mer et je ne voulais pas le laisser partir seul. Mon oncle, médecin, que j'avais consulté, avait conclu : enceinte de quatre mois, tu ne risques rien ! Et avec cette belle inconscience des amoureux je décidai de partir, plate comme une limande, mais malade comme un chien.
Personne ne se doutait de rien chez Grand-Papa et Grand-Maman, comme pour une fille qui aurait fauté et qui se cache ! Les nausées n’arrangeaient rien. Tant-pis, je mangeais pour donner le change et allais au petit coin reverser le trop plein !
Et nous partîmes sur un beau transatlantique des Messageries maritimes. La Méditerranée fut une mer d’huile. Elle ne se fait méchante qu’aux équinoxes or  nous étions en juin. Nous menions une vie de Nabab. Notre cabine de première  classe avait deux couchettes et un minuscule cabinet de toilettes attenant. C’était on ne peut plus confortable et je garde de ce voyage un souvenir embelli par les heures sombres que je devais vivre plus tard..."




" Cette maison qu'on assassine "
Françoise Laval


"...Je poussai le portail avec difficulté pour pénétrer dans le jardin lorsque j'entendis ce grincement si familier qui avait rythmé toutes les vacances de mon enfance. Mon détachement soigneusement étudié fléchit subitement. J'écartai à grand peine la grille envahie par le superbe Plumbago qui avait pris ses aises et en bloquait presque l'ouverture. Quelques pas me permirent d'arriver devant la porte d'entrée de la maison sur le fronton de laquelle était gravée la date de sa construction : 1797.
Cette date m'émouvait depuis toujours et à nouveau la nostalgie me saisit.
Se pouvait-il que nous soyons réduits à nous séparer de cette demeure ? N'y avait-il vraiment aucune autre solution ? Posant mon bagage sur le muret séparant le jardin des terrasses s'étalant jusqu'à la route, je me plongeai dans la contemplation du paysage. Une véritable mer de mimosas tapissait les collines qui me faisaient face..."





 
 
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